Wow ! Rwann Vonarx, élève de 5e secondaire, a gagné le premier prix de la catégorie Élèves du secondaire du concours d'écriture « Mon livre de l'année » organisé par La Presse + et le Salon du livre de Montréal !

Son texte a été choisi parmi une soixantaine de textes par le jury composé de Chantal Guy (chroniqueuse à La Presse), Rose-Aimée Automne T. Morin (auteure et journaliste), Pierre Cayouette (des éditions La Presse), Gabriella Kinté Garbeau (fondatrice de la librairie Racines) et Mickaël Petitfrère (chargé de projet au Salon du livre de Montréal).

« Les jurés ont été épatés par la richesse du vocabulaire employé et par la poésie que dégage ton texte, qui transmet néanmoins de façon claire l’impact qu’a eu le livre sur toi », a écrit le responsable du concours.

 

Découvrez le texte de Rwann :

Dans les yeux du ciel
Par Rwann Vonarx

Ne comptez pas rencontrer des tapis volants au fil de ces pages, des lampes magiques ou des cavernes somptueuses. Les caravanes ont depuis longtemps plié bagage et le spectacle féérique des pyramides cède désormais la place à des émeutes et clameurs passionnées: honte et indignation inondent ces terres arabes semées de privations. 

En ces premiers printemps du 21e siècle, le soleil semble enfin se lever: Nour le devine dans les ruelles de la cité, envahies de poussière électrisante. Elle ressent jusque dans sa chair les tensions intestines qui lézardent les piliers d’une société démodée et en secouent les minarets à l’occasion de fièvres populaires. Fille de joie et musulmane appliquée, elle dispense sa science vénale à des malheureux, du gouverneur au fortuit voyageur. Son existence oscille entre sa fille et un poète homosexuel, dont elle s’est éprise. Avec la jeune Selma, l’instabilité inquiète, nuit aux acquis matériels et moraux longuement édifiés; avec Slimane, rien ne compte sinon la liberté et la lutte sans redditions pour un monde meilleur. À l’aube de grandes révoltes, une question essentielle tracasse notre héroïne: la main idéaliste de la révolution ne dessine-t-elle pas plutôt un leurre, une oasis illusoire de salut? 

Sur ces méditations, le roman s’effeuille en trois actes: le peuple investit massivement les rues, les dirigeants prennent la poudre d’escampette et le régime, usé par les rébellions, achève de s’effondrer. Les larmes d’une liberté fraîchement acquise submergent alors les cœurs tandis que la place de la Nation résonne d’euphorie collective. À l’ombre de cet allègre tumulte, une sinistre voix serpente et souffle néanmoins à l’oreille de Nour que cette anarchie est l’entracte d'une funeste tragédie! Manipulés par les ficelles du Web, les suffrages portent au pouvoir de nouveaux tyrans aux turbans exaltés, étayés de longues barbes enchevêtrées de lectures radicales. Enfin, sur la scène des fanatiques, Nour s’éteint, éventrée d’un coup de lame expiatoire sur le cadavre mutilé de son amour clandestin.

 

L’instant révolutionnaire

Aussi succinct qu’efficace, ce roman palpite sous la main. Les Printemps arabes méritent que l’on estampe des sentiments à leurs tribulations, des visages à leurs ardeurs et des noms à leurs morts. Nour éclaire d’un regard perplexe les circonstances; Slimane endosse le costume du révolutionnaire sacrifié; quant à Selma, l’ultime survivante de cet infortuné triptyque, elle incarne l’avenir pathétique de ces latitudes tourmentées. Et l’auteur de rendre justice et hommage à tous ces anonymes, qui se sont vivifiés sous l’azur plein de promesses pour affronter une absurde destinée.

Avec des personnages plus grands que nature, Rachid Benzine a élargi mes horizons et touché mon coeur. L’eau de rose qui baignait alors mon monde s’est diluée devant des souffrances sorties de l’ombre, celles de frères dont on n’entend guère assez parler par ici. Au gré de ces fatalités, cette humanité en quête de vivre m’est devenue surprenamment proche. Comment clore les paupières devant l’injustice et l’impérieuse révolte qui gronde? D’ici à ce que je construise moi-même des ponts entre les mondes, je vous invite à prendre celui-ci, cette passerelle de sens reliant deux rives de la Méditerranée. 

Dépouillée de tout artifice, la langue est crue et authentique; les mots, impitoyables et nécessaires. Il ne s’agit pas d’escamoter l’abjection sous une étoffe stylistique affectée et luxuriante. Lorsqu’il visite les affres et les ambiguïtés de l’instant révolutionnaire, Benzine parcourt les ruelles, respire la poussière, ausculte les cœurs. Sans préciser ni l’époque ni le lieu, nous situant dans ces nations imprégnées d’une commune culture arabe, il prête sa plume à une putain avec ce qu’elle porte en elle d’émouvant et d’insaisissable. 

 

À jamais

Au terme de cette aventure, un pli demeure suspendu sur le front comme un point d’interrogation appréhendant le monde. La question de Nour est toujours en attente d’une réponse; lorsque les tympans résonnent en chœur des lendemains qui chantent, ce n’est probablement que le mirage au détour de la dune et une désillusion prochaine. Nous voici revenus au point de départ, là où le propre de l’homme se révèle d’espérer inlassablement, de se lever chaque matin dans l’adversité et de tenter d’empoigner son destin. À jamais, Nour, en lumière immortelle, nous relève la tête et guide nos regards enthousiastes jusque Dans les yeux du ciel.

 

dans les yeux

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